Charlie Hebdo

Depuis l’attentat au Charlie Hebdo, quelques personnes m’ont demandé mon opinion mais je me suis abstenue d’en dire plus que l’horreur que ces gestes barbares m’ont inspirée. Je jonglais avec quelques réflexions.

Premièrement, 2 tentations semblent difficiles à éviter. Celle premièrement du déferlement d’une vague d’islamophobie sans distinction entre islamistes et musulmans. L’amalgame entre les deux est facile mais faux. Si des extrémistes tuent au nom de leur foi, la majorité (beaucoup, mais beaucoup plus nombreuse) est en désaccord avec ces agissements et ces gens vivent leur foi musulmane selon des principes de paix et de tolérance. Mais, évidemment, ce ne sont pas ceux-là dont on parle dans les médias, à qui on accorde du temps d’antenne. Parce qu’ils ne prennent pas d’assaut les médias sociaux et la place publique pour crier haut et fort leurs convictions de paix, d’amour et de respect. Parce qu’ils ne sont pas organisés. Parce qu’ils ne font pas peur.

La deuxième tentation est de ne rien faire. De jouer à l’autruche du haut de notre perchoir nord-américain. De se dire que c’est bien horrible tout ça mais ne pas réagir. De se scandaliser à distance, le temps d’une semaine avant de passer à autre chose en reléguant le tout aux oubliettes. Parce qu’il y a bien quelque chose qui se passe et que c’est important d’y réfléchir, collectivement. De tenter de comprendre les fondements de ces dérives, pour essayer de les prévenir et d’endiguer la montée de la radicalisation.

Les événements des derniers jours me posent aussi la question de la liberté d’expression. Le monde n’a jamais été autant pour le concept de la liberté d’expression que maintenant. “Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire” disait Voltaire. Et j’ai toujours été en parfait accord avec ça.

Mais des contradictions fissurent ces certitudes. Je suis pour la liberté d’expression, mais aussi contre les discours haineux, racistes et, dans ce cas précis, islamistes et islamophobes. La France a arrêté des personnes pour apologie du terrorisme. La loi proscrit les discours d’incitation à la haine. Que ce soit bien ou pas, il reste qu’au final, tout le monde n’est pas entièrement libre de ses opinions. Cette contradiction au niveau de la liberté d’expression pose ainsi le problème de qui décide de ce qui peut être dit librement ou pas. On se bat pour la liberté d’expression des uns en brimant celle des autres. Et je suis d’accord avec ça.

Avant, les gens avaient une opinion et ils la partageaient avec leurs proches. Avec Internet et les médias sociaux, ils peuvent maintenant crier leurs opinions au monde entier et réseauter avec des gens qui les partagent. Ça favorise la liberté d’expression, oui, mais engendre aussi toute la complexité de la perte de légitimité des propos. Je ne pense pas que toutes les opinions sont légitimes et méritent d’être dites et entendues sur la place publique. Je ne veux pas me battre pour la liberté d’expression dans certains cas et, dans d’autres, je suis totalement d’accord pour les proscrire et les brimer. Et ce paradoxe m’ennuie et m’indispose.

La liberté des uns s’arrête là où la liberté des autres commence. Encore une fois, qui décide d’où commence la liberté des autres? Bref. Encore en réflexion.

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