À l’aube de ma trentaine, et jusqu’à la moitié de celle-ci, ma vie amoureuse a été redondante de périodes de célibat prolongées et totalement assumées, entrecroisées de courtes fréquentations qui n’atteignaient pas les 2-3 mois. ”Je suis bien seule pis celui qui va changer ça devra être plus qu’intéressant!” que je répétais à qui mieux mieux. Et je le pensais. Évidemment, je ne trouvais personne d’assez intéressant.

Dès que l’autre insinuait le sérieux de ce qui se développait, je me sauvais. Dès que l’amour voulait s’installer, que le mot relation au sens propre semblait vouloir s’établir, j’y mettais un terme et je retournais solitairement à mes amours confirmés : mes chats et mon pyjama. L’amour n’était jamais assez au rendez-vous pour m’inciter à plonger réellement.

J’étais sceptique, méfiante, désillusionnée. Je couvais surtout une peur de l’engagement comme une grippe qui ne me lâchait pas. J’avais pourtant vécu deux belles relations long terme avant de me retrouver seule avec moi-même l’année de mes 30 ans. Mais quelque chose s’était brisé, à travers le temps qui passait. Je ne voyais plus l’amour sur un piédestal, bien au contraire.

Je voulais choisir de tomber en amour ou non. Ma tête réprimait toute initiative de mon cœur, empêchait toute tentative. Je rationalisais à l’extrême mes sentiments et mes émotions. Je pesais le pour et le contre et la liste de ces derniers l’emportaient toujours pour me donner une bonne raison de ne pas choisir ce prétendant-ci, ou celui-là. De ne même pas essayer. Je rencontrais pour me faire accroire que je faisais des efforts. Mais j’étais fermée. J’étais à l’affût du moindre signe qui me ferait retourner à ma solitude avec la satisfaction d’avoir essayé et la conviction d’avoir fait le bon choix. Je trompais ma conscience.

J’attendais un truc trop parfait. Pas parce que je me berçais d’illusions ou que j’étais une princesse en attente de son prince charmant. Non. Au contraire. Trop parfait pour être sûre de ne pas trouver. Une sorte d’armure qui me prévaudrait de retomber et, peut-être, de souffrir encore. Un prétexte basé sur des arguments juste assez rationnels pour être crédibles. Du gaz pour alimenter mon cynisme. De l’huile sur le feu de mes désillusions.

Et puis, ça m’a pogné soudainement. Comme une crampe au mollet.

L’amour m’est tombé dessus, sans préméditation, sans avertissement. Au début, ça a fait mal. Je n’étais pas contente. Je m’étais pas étirée, j’étais pas prête. Incommodée, j’ai essayé de faire passer ça, de poursuivre ma route, de l’ignorer. J’ai résisté. Je me suis débattue. Je faisais du gros déni au sujet de ce que je ressentais. Je jouais à l’autruche avec mon cœur. J’ai tenté de continuer mon chemin comme si de rien n’était. J’ai voulu envisager la situation comme une autre courte période de quelques semaines agréables. Simplement un peu de douceur et de chaleur pour mieux supporter l’hiver. Pas de là à quitter mon mode de vie borderline ermite. Pas assez pour m’ouvrir complètement. Pas assez pour me montrer dans toute mon imperfection, dans toute ma vulnérabilité. Pas assez pour débarrer mon cœur même si j’avais l’impression qu’il allait déborder. Parce qu’encore une fois, j’avais une bonne liste de choses qui tiquaient. Des raisons d’échec qui rendaient le début de quelque chose inutile. Sur papier, ça marcherait clairement pas cette affaire-là. Ma tête l’indiquait à mon cœur en gros néon rouge.

Mais quelque chose était différent. Je n’arrivais pas à y mettre un terme sans sourciller comme à mon habitude. Chaque fois que j’envisageais un point, j’inscrivais une virgule. Chaque fois que je désirais penser à autre chose, son visage m’emplissait la tête jusqu’à me faire rager. Chaque fois que je me disais que je prendrais mes distances, je me surprenais à le relancer. À attendre ses messages, relire nos conversations. À faire durer le flou des débuts au-delà de la durée habituelle. À sourire stupidement pour aucune raison. Et puis, l’évidence s’est imposée à moi. J’aimais, de nouveau. J’avais pas choisi. C’était pas ce que je voulais. Mais c’était là.

La chienne m’a pogné au ventre ben plus que des papillons. J’ai respiré. C’est beaucoup plus facile de se sauver que d’aimer. Moins compliqué de se pousser que de bâtir.  J’ai réfléchi et réfléchi malgré l’inutilité de ces réflexions. L’amour, c’est pas rationnel. T’es jamais vraiment prêt. C’est jamais vraiment idéal, encore moins parfait. J’ai respiré encore et encore. Une fois la crampe (et la panique) passée, l’amour était toujours là. Et lui aussi. Aussi bien continuer à marcher alors. Et le faire à deux.

Pour une fois depuis longtemps, j’ai décidé d’emprunter le chemin le plus difficile, en toute connaissance de cause. J’ai choisi sans choisir.

Et j’espère que la route sera longue.

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