L’hiver s’en vient. Inexorablement. Au Québec, on ne peut pas s’en sauver. Si l’arrivée de la saison froide suscite bonheur et joie chez les tout-petits et bon nombre d’adeptes d’activités hivernales, ce n’est pas aussi excitant pour tout le monde.

Chaque année, j’appréhende le début du mois de novembre. Le mois des morts m’affecte de plusieurs façons. Je n’aime pas le froid, je n’aime pas la noirceur et les deux qui s’installent au même moment donnent du fil à retordre à mon équilibre mental. En d’autres mots, j’ai le blues hivernal.

On va travailler, il fait noir. On finit de travailler, il fait noir. Ça manque de lumière, ça manque de chaleur. Ça joue sur mon moral, sur ma personnalité habituelle. Je suis plus morose. Ça affecte aussi ma motivation, qui descend à son plus bas. Je dois me botter les fesses pour effectuer mes tâches habituelles, encore plus pour celles qui demandent un passage à l’extérieur.

Frileuse comme pas une, je limite mes sorties à l’extérieur au strict minimum, à l’obligatoire, au déplacement d’un point A à un point B de façon efficace et le plus rapide possible. Je ne pratique aucun sport d’hiver. Ça n’aide pas, j’en suis bien consciente. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Si je le pouvais, j’hibernerais tout l’hiver en pyjama dans le cocon chaud de mon chez moi. Je dormirais pour éviter ces mois de froideur. Évidemment, je sais bien que ce n’est pas possible. Je sais aussi que ce n’est pas sain.

J’ai tendance à remettre ma vie entière en question chaque année aux prémices du mois de novembre. Avec le temps, j’ai appris à me connaître. Je sais que je vois tout plus noir que ça ne l’est. Je sais que ma vision est biaisée par la lourdeur de cette période pour moi. Tout me semble plus pénible et m’exige plus d’efforts, ce qui fait que je les remets en question. En fait, je deviens la version la plus pessimiste de moi-même. Mais je sais que si quelque chose me semble insurmontable, que si je remets mon travail, mes relations et l’ensemble de mes choix de vie en question, tout ça ne durera pas.

Car si, chaque année, je sais que le blues vient, je sais aussi qu’il s’en ira.

Je le sais maintenant. Dans mon cas, je ne parlerais pas de dépression saisonnière mais plus d’un blues de changement de saison. On s’entend, le reste de l’hiver demeure difficile pour moi mais pas autant que la transition du début. J’ai besoin d’une période tampon pour m’acclimater à l’arrivée de la saison froide. Le début de novembre est difficile mais je m’adapte parce que je suis consciente de mon état d’esprit. J’ai appris à l’atténuer avant même son arrivée. À le déjouer pour ne pas qu’il perdure tout l’hiver.

J’ai besoin de plus de positif pour équilibrer cette morosité qui s’installe d’emblée. Je me force à m’ajouter des activités à mon horaire. Je respecte mon dédain des activités hivernales mais je m’oblige à quitter mon domicile pour des choses plaisantes. Déjà marmotte dans l’âme, je ne me laisse pas non plus étirer mon sommeil de façon exagérée.

Je me concentre sur le beau, sur le bon, sur le réconfortant. Je m’accorde plus de petites douceurs, que je me force à savourer pleinement. Je vois mes proches. Je m’autorise une journée de congé par-ci par-là pour me reposer et me recentrer. Je planifie du temps pour avancer mes projets. Je m’impose aussi plus de moments de création. Si l’envie est moins naturelle sur le coup, ma créativité me permet de m’évader positivement lorsque l’inspiration devient effervescente. Je fais tout ce qui est possible pour voir le lumineux. Me faire plaisir, prendre soin de moi, bien m’entourer.

Une accumulation de petits bonheurs simples comme bouclier de protection pour conserver mon équilibre.

 

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