Je rentre dans une pièce remplie de gens. Ils se lèvent tous un après l’autre pour m’accueillir. Je traverse lentement la pièce, pour donner les traditionnels deux becs à tout ce beau monde. Le cauchemar pour moi. Je sais, ça l’air froid et distant dit de même mais je déteste cette convention sociale de donner deux becs à tout le monde pour dire bonjour.

Je ne suis pas une personne tactile, sauf avec un très petit nombre de personnes. Je n’aime pas  que les gens entrent dans ma bulle. Je comprends les normes sociales. Je comprends que beaucoup de gens tiennent à ces contacts soi-disant chaleureux. Mais ça reste difficile pour moi. Si le contact physique de quelques proches me calme, m’apaise et me réjouit, la plupart des autres m’hérisse le poil et provoque en moi un grand malaise.

À l’approche des fêtes, c’est presque chaque jour que cette situation se rejoue dans une redondance pesante. Jour après jour, une multiplication de contacts physiques malaisants. Une ribambelle de gens qui entrent dans ma bulle, qui empiètent sur mon espace vital un après l’autre. En hiver, je prétexte parfois une grippe pour en éviter un peu, mais, évidemment, la plupart du temps, je ne me défile pas et je joue le jeu.

J’aimerais mettre ça sur le dos d’une hypocondrie aigue, mais non. Je trouve juste ça difficile de voir ma bulle piétinée. Je me sens envahie. Ma bulle, c’est ma protection, la limite de mon monde à moi. Elle est importante, cruciale pour mon équilibre psychologique. Elle est plus grande que celle de bien d’autres gens, je le sais. Donner des becs à tout un chacun et prendre tout le monde dans mes bras pour un câlin de quelques secondes qui me semblent durer une éternité, c’est comme ouvrir la porte de mon intimité à tous vents.

Ce n’est pas évident pour moi de me prêter à ce jeu des conventions. À cette proximité forcée avec une panoplie de gens de qui je ne suis pas proche. À recevoir des becs de tous genres : râpeux, baveux, morveux et j’en passe. Le malaise de pas savoir de quel bord commencer, de pas savoir où mettre mes mains. Finir par donner des becs un peu dans le vide, maladroitement, par convention.

Je m’en sauverais bien volontiers. Au mieux, je lancerais un bonjour à la ronde, ou je distribuerais quelques poignées de mains, réservant ces effusions plus intimes à mes proches. Mais je prends sur moi et je le fais. Parce que c’est une coutume. Parce que c’est tellement ancré et normalisé. Parce que je ne veux pas être impolie. Je ne veux pas avoir l’air d’une anti-sociable, d’une personne mal élevée, d’un air bête qui sait pas vivre. Je le fais pour ne pas choquer, ni blesser.

Je n’aime pas ça mais je l’accepte. Parce que je sais que ça fait plaisir aux gens. Parce que je ne veux pas qu’ils pensent que je ne suis pas contente de les voir ou de les rencontrer.

Parce que oui, j’aime les gens… surtout quand ils se trouvent à au moins deux pieds de distance.

 

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