Non, je ne te dois rien

En bonne introvertie, je l’avais rencontré sur Internet. On s’est jasé un peu et il m’a invitée à prendre un café. Mon auto était au garage donc il m’a offert de venir me chercher. Il a cogné à ma porte, un bouquet de fleurs à la main. J’ai trouvé ça un brin intense, pour une toute première rencontre. C’était un peu malaisant mais, en même temps, c’était vraiment gentil.

– Je vais les mettre dans l’eau pis on peut y aller!

J’ai pris mon manteau et on est partis vers un petit café de mon quartier. Rendus sur place, il insiste pour payer mon breuvage. Normalement, je me fais un point d’honneur de payer mes choses lors d’une première rencontre mais il ne s’agit que d’un chocolat chaud donc je cède et je le remercie. Encore une fois, son insistance est malaisante mais je trouve l’intention gentille.

On s’assoit et on se met à jaser de nos vies. La discussion va bon train, les sujets se succèdent. Je vois quand même rapidement que nous sommes très différents comme personnes. Nous avons des visions vraiment différentes de la vie. Clairement, même si la conversation est sympathique, ça ne fonctionnera pas autrement qu’en amis.

Environ une heure plus tard, il me propose de migrer vers un bar, ce que je refuse poliment. Je lui explique honnêtement qu’il est très gentil mais que je préfère en rester là. Je nous vois bien discuter en amis mais sans plus. Il le prend bien et me dit qu’il a ressenti la même chose. Il me propose d’aller me reconduire, ce que j’accepte.

Rendus devant chez moi, je me retourne vers lui pour le remercier et je le vois plutôt sortir de l’auto. Je sors donc de mon côté. Je ne comprends pas pourquoi il vient me reconduire jusqu’à la porte dans les circonstances. Arrivés devant l’entrée, je le remercie pour la soirée.

– Tu ne me fais pas entrer?

– Euh… Non. Je pensais avoir été claire tantôt. Tu es super fin, j’ai passé une belle soirée, mais je ne vois rien d’autre que de l’amitié possible entre nous. Tu étais même d’accord.

– Ouais. Mais ça ne nous empêche pas de bien finir la soirée…

Il me dit ça avec tout ce qu’il y a de pas subtil : un beau petit clin d’œil accompagné d’un sourire creepy. J’éclate de rire.

– Je comprends ton point de vue mais je vais refuser. Désolée.

– Ben là!

– Ben là quoi? Tu t’attendais vraiment à ce qu’on baise ce soir? Vraiment?

– Je t’ai acheté des fleurs!

– Et?

– Ben c’est ça là…

Je sens de la frustration dans son ton et dans sa face. Et là, je comprends. Parce qu’il m’a acheté des fleurs et qu’il a payé mon chocolat chaud, dans sa tête, je lui dois du sexe. Tout de suite, ses intentions sonnent pas mal moins cutes dans ma tête. Les mots sortent tout seuls.

– Écoute-moé ben toé chose. J’te dois rien. C’est-tu clair? Moé, j’t’ai rien demandé. T’as acheté les fleurs pis, honnêtement, j’ai trouvé ça vraiment weird. Tu les reveux-tu? Parce que m’as te les redonner avec plaisir tes os*** de fleurs cheap.

Quand je m’insurge, mon niveau de langage baisse aussi drastiquement que mon ton monte. Éberlué, il me fait non de la tête.

– Si tu penses qu’une femme doit coucher avec toi parce que t’as sorti 10$ de ta poche, tu te gourres solidement le grand. Faque là, tu vas retourner à ton char, rentrer chez vous pis effacer mes coordonnées de ton téléphone. C’est-tu assez clair?

C’était clair parce qu’il est retourné à son char assez rapidement, non sans marmonner un capotes-pas et un criss de folle. J’ai appuyé son départ avec un doigt d’honneur parce que, quand je suis vraiment fâchée, y’a pas juste mon niveau de langage qui baisse, mon niveau de classe aussi.

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