J’ai toujours trouvé le sujet des enfants complexe et sensible quand vient le temps de rencontrer quelqu’un. Longtemps, j’ai même volontairement évité les hommes qui en avaient, encore plus si c’était de jeunes enfants. Pas parce que je n’aime pas les enfants mais parce que je suis très mitigée sur ce point. Je constate que bien des gens prennent ça à la légère alors que moi je trouve ça délicat pour plusieurs raisons.

Premièrement, mes parents étant divorcés depuis plus loin que ma mémoire d’enfant me permet de remonter, j’en ai vu des chums pis des blondes passer. Je me rappelle la difficulté des arrivées mais aussi des départs. Les relations des adultes sont complexes pour une petite tête d’enfant. Je me rappelle aussi que j’aurais souvent préféré que ces adultes ne rentrent pas dans ma courte vie si vite pour en ressortir si soudainement. Dans mes 5 ans de célibat avec l’habitude de prendre mes jambes à mon cou dès qu’un début de quelque chose de sérieux s’amorçait, je ne voulais pas être cet adulte-là. Je ne me voyais pas ajouter des enfants dans l’équation avant d’être sûre et certaine que ça allait quelque part. Que la relation en serait une.

Aussi, je n’en ai pas, moi, des enfants. Je me suis toujours demandé comment je m’en sortirais avec des responsabilités familiales soudaines. Jongler avec tout ça m’a fait peur pendant longtemps. En toute honnêteté, je doutais profondément de ma capacité à y arriver. Encore plus à concilier ça avec une nouvelle relation, ce qui est déjà difficile à gérer pour moi à la base. Je ne me sentais pas prête à gérer ce genre de situation donc je préférais éliminer les pères célibataires des possibilités.

Et puis, j’ai rencontré un homme sans le vouloir. Et il en avait… beaucoup! Raison de plus pour alimenter ma peur de l’engagement et refuser d’entrer en relation. En plus, elle se doublait cette peur : double deuil advenant une séparation. Perdre le conjoint et aussi ces enfants qui ne sont pas de toi mais qui font partie de ton univers. Une relation avec enfants en bonus, ça peut être épeurant. Tu formes pas un couple, t’intègres une famille. Une unité autonome. L’équation, c’est pas 1 + 1 mais 1 + X… Mais ce ne fut pas aussi difficile à gérer que je l’avais anticipé. À ma grande surprise, naturellement, les choses se sont mises en place.

Parce qu’une fois les craintes passées, le cœur peut pas s’empêcher de s’étirer. Il prend de l’expansion pour les englober. À force de soupers, d’activités, de jeux, de retour à la maison, ils font partie de ta vie, de ton quotidien. Les liens se tissent lentement mais sûrement. À coup de petits et grands moments, tu les aimes aussi ces petites bêtes-là, pas juste le papa. Tu les vois se développer, s’accomplir. Tu es témoin de plusieurs de leurs joies et de leurs peines. Tu célèbres leurs accomplissements. Tu ressens de la fierté à les voir s’épanouir. Tu souris devant leurs niaiseries, tu en rajoutes même avec complicité. Tu en viens à connaître leurs préférences, leurs manies, leurs goûts spécifiques à chacun. Tu planifies des activités en pensant à eux. Tu t’inquiètes quand ils vont pas bien, tu stresses pour eux. Bref, avec le temps, ton cœur a pris du poids.

Mais tu le dis pas trop fort. Parce que c’est pas nécessairement ton rôle. Ça aussi c’est délicat. Tu ne veux pas prendre la place de personne mais trouver la tienne là-dedans n’est pas nécessairement simple. Ton rôle demeure toujours un peu flou. C’est pas une case toute balisée avec des limites claires. Faut être plus souple. Faut aussi être humble.

On dit qu’on n’est jamais prêts à 100 % à devenir parents. C’est la même chose pour devenir conjoint-e d’un parent célibataire. On l’apprivoise ce statut, on s’adapte. L’important, c’est de faire de notre mieux. Pis de laisser son cœur grossir.

 

 

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