L’insomnie, ça arrive à presque tout le monde. Pour certains, c’est un rendez-vous épisodique, pour d’autres, c’est une relation particulièrement intime et régulière. Pour moi, c’est comme une vieille connaissance qui débarque à l’improviste une fois de temps en temps pour rallonger mes nuits.

Rallonger, parce que le temps est long quand tu fais de l’insomnie. Très long. Les yeux grands ouverts, tu fixes le plafond. S’il ne faisait pas si noir, tu pourrais compter chaque fissure, chaque bosse, au point d’en connaître toutes les imperfections par cœur. Tu appelles le sommeil. Tu l’attends, tu l’espères, tu le supplies même à un moment mais il ne répond pas. Morphée est occupée à en couver d’autres de ses bras. T’es pas sur sa liste aujourd’hui.

L’insomnie, c’est un rendez-vous raté avec le sommeil, qui se décommande à la dernière minute sans t’avertir. Il te boude, ne se présente pas ou il est tellement intermittent que c’est comme s’il était absent. C’est un face à face avec tes pensées et tes angoisses. C’est compter les moutons jusqu’au million, jusqu’à ce que ce soit devenu ridicule. Jusqu’à ce qu’ils se moquent carrément de toi en sautant leur clôture.

L’insomnie, c’est un combat contre toi-même. Contre ton cerveau qui ne veut pas abandonner, qui surchauffe, qui s’entête à réfléchir, à lister, à analyser. C’est regarder les minutes s’égrener, une à une, lentement. Trop lentement. C’est en sentir chaque seconde passer au ralenti dans ton corps qui refuse de s’alourdir. C’est vouloir faire le vide et ne pas s’entendre dans le chaos des pensées qui s’entrechoquent. C’est aussi tenter de se changer les idées et se buter à un grand vide cérébral. Mais un vide éveillé.

C’est être témoin de la quiétude des autres alors que tu traverses un désert aride de sommeil. C’est être debout alors que tout autour de toi est endormi. C’est jalouser le sommeil des autres. Les regarder dormir calmement et les envier. Les entendre respirer paisiblement et tenter de se synchroniser avec eux pour appâter le sommeil par mimétisme. Le feindre pour tenter de l’amadouer. Et échouer lamentablement.

À un moment, tu commences à stresser en comptant le sommeil qui te reste. Tu constates la carence qui grandit. Pas besoin d’être bonne en maths pour savoir que tu seras en déficit. Et cette lacune grandit à chaque minute qui s’écoule sans que tu ne trouves le sommeil. Tu sais que la journée va être longue. Tu en viens à ne pas dormir parce que tu sais que tu ne dormiras pas assez. Et ça te stresse. Penser à ça rend le sommeil encore plus difficile. Tu entres dans un cercle vicieux, l’engrenage pervers de l’impuissance stressée. Tu ne sais plus si c’est l’anxiété qui cause ton insomnie ou ton insomnie qui cause ton anxiété.

Tu essaies donc de te changer les idées. Tu gosses sur ton téléphone. Tu lis pour calmer ton cerveau. Tu écris pour bluffer le temps qui passe. Toujours rien. Tu  écoutes un film, tu espères ne pas en voir la fin. Tu manges, question de remplacer la boule de stress qui grossit dans ton ventre par des biscuits. Tu vas dans la douche, que tu prends brûlante dans l’espoir d’un effet spa. Tu retournes au lit, déjà refroidi. Tu t’étires, tu effectues une routine complète de techniques de respiration. Tu flattes tes chats qui rouspètent parce que tu les déranges. Même eux pensent que t’exagères.

L’insomnie, c’est souvent trouver le sommeil trop peu trop tard. C’est voir les premières lueurs de lumière avant de finalement sombrer. Quand ton cadran sonne, tu te réveilles semi-lendemain de veille avec la même tête qu’une jeune maman qui a allaité aux deux heures toute la nuit. T’as perdu le combat et ça paraît dans ta face. Tu prendras ta revanche demain sur le sommeil, que tu rattraperas.

En attendant, t’as au moins un texte de griffonné un peu croche sur un bout de papier à coté de ton lit.

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